la motivation n’est pas une injonction
Performance, bonnes résolutions et écoute du corps
Quand la motivation s’effrite
Janvier arrive souvent chargé de promesses. On se projette, on se fixe des objectifs, on se motive. Puis février s’installe. L’élan faiblit, la régularité devient plus difficile, et un certain découragement apparaît.
Ce moment est fréquemment interprété comme un échec personnel. Un manque de volonté. Une preuve que l’on ne serait « pas assez discipliné·e ».
Mais si cette lecture était biaisée ?
Une motivation qui ne survit pas à l’hiver n’est peut-être pas défaillante. Elle était peut-être simplement construite sur une injonction, plus que sur un besoin réel.
Qui n’a jamais pris un abonnement à la salle de sport en janvier… pour ne presque jamais y aller ensuite ?
« La fatigue est souvent le résultat d’une lutte constante contre des systèmes qui refusent de changer. » — Rebecca Solnit
La motivation ne fonctionne pas à coups de pression
On nous a appris que la motivation devait être intense, constante, presque héroïque.
Qu’il fallait “se secouer”, se fixer des objectifs ambitieux, sortir de sa zone de confort — et tenir coûte que coûte.
Mais la pression ne crée pas de l’élan durable, elle crée de la tension. Et un corps sous tension finit toujours par lâcher.
La motivation qui repose sur la peur de l’échec, le regard des autres ou la culpabilité n’est pas une force intérieure : c’est une contrainte intériorisée. Elle peut fonctionner un temps, produire des résultats visibles, mais elle épuise le système nerveux et fragilise le rapport à soi. Ce n’est pas un hasard si, après quelques semaines de “bonnes résolutions”, l’élan retombe et laisse place à la fatigue, à la démotivation, voire à une forme de honte.
Sous pression, le corps se met en mode survie. Il ne cherche pas l’élan, il cherche à tenir. Et tenir n’est pas vivre. Dans cet état, la créativité, le plaisir, la curiosité — moteurs profonds de la motivation — se ferment. Ce que l’on appelle alors un “manque de motivation” est souvent un signal de protection, pas un défaut personnel.
La vraie question n’est donc pas : comment être plus motivé·e ?
Mais plutôt : dans quel climat intérieur essaie-t-on d’avancer ?
Un climat de contrôle permanent ou un espace suffisamment sécurisant pour que l’élan puisse émerger.
« Quand tu t’accroches trop à ce que tu veux, tu passes à côté de ce qui est vraiment là.» — Nathan Hill
Motivation extrinsèque et motivation intrinsèque
On ne se motive pas tou·te·s de la même façon, et surtout pas pour les mêmes raisons.
La motivation extrinsèque vient de l’extérieur : une récompense, une reconnaissance, un objectif à atteindre, un regard à satisfaire. Elle peut prendre la forme d’un salaire, d’un “avant/après”, d’un challenge, d’une promesse de transformation. Elle fonctionne souvent par la pression ou la contrainte invisible : si je fais ça, j’aurai ça.
C’est une motivation efficace à court terme, mais fragile, car elle dépend toujours de quelque chose qui ne nous appartient pas vraiment.
La motivation intrinsèque, elle, naît de l’intérieur. Elle est liée au plaisir, au sens, à la curiosité, au sentiment d’être à sa place. On fait alors les choses non pas pour obtenir une récompense, mais parce qu’elles nourrissent, régulent, apaisent ou donnent de la cohérence à notre vie. Elle n’a pas besoin d’être spectaculaire ni constante : elle peut être discrète, cyclique, parfois silencieuse — mais elle est profondément durable.
Le problème n’est pas d’avoir recours à la motivation extrinsèque. Nous vivons dans un monde structuré par elle. Le problème, c’est quand elle devient la seule boussole, au point d’écraser les signaux internes du corps : la fatigue, l’ennui, le besoin de ralentir, le manque de sens. À force de fonctionner “contre soi”, on finit par ne plus savoir ce qui nous met réellement en mouvement.
Réapprendre à écouter la motivation intrinsèque, ce n’est pas renoncer à l’élan ou à l’engagement. C’est changer de rythme, de langage, de rapport au temps. C’est accepter que l’élan ne naisse pas sous la contrainte, mais dans un espace suffisamment sûr pour que le désir puisse apparaître.
« Le contraire de l’épuisement n’est pas le repos,
c’est le sens. » — Bell Hooks
Le corps, grand absent des discours sur la motivation
Quand le corps apparaît dans les discours sur la motivation, c’est rarement comme un espace d’écoute. Il est le plus souvent traité comme un outil à optimiser : le muscler, le faire maigrir, l’assouplir, le rendre plus performant, plus endurant, plus rentable. Le corps devient un moyen au service d’un objectif — esthétique, productif ou disciplinaire — jamais un sujet à part entière.
Dans cette logique, on “travaille” son corps comme on travaille sa motivation : à coups de programmes, de challenges, de dépassement de soi. On lui demande d’obéir, de suivre, de tenir. Ce qui est valorisé, ce n’est pas la relation que l’on entretient avec lui, mais sa capacité à se conformer à une norme : un rythme, une silhouette, une performance.
Or écouter son corps ne signifie pas l’abandonner à l’inertie, ni renoncer à toute exigence. Cela signifie changer de posture : passer d’un rapport de contrôle à un rapport de coopération. Reconnaître que le corps porte une intelligence propre, qu’il envoie des signaux clairs — fatigue, tension, résistance, élan — et que ces signaux méritent autre chose qu’une correction immédiate.
Tant que le corps reste perçu comme un objet à corriger ou à discipliner, la motivation restera liée à la contrainte. À l’inverse, une motivation qui s’ancre dans une écoute bienveillante — non pas complaisante, mais respectueuse — peut devenir un soutien, plutôt qu’une lutte permanente contre soi.
« Nos corps sont des champs de bataille,
mais aussi des lieux de savoir. » — Audre Lorde
Créer une routine soutenable plutôt qu’un objectif héroïque
On associe souvent la routine à quelque chose de contraignant, monotone ou peu inspirant. Pourtant, ce qui épuise le plus, ce ne sont pas les routines, mais l’absence de repères stables. Les objectifs héroïques — tenir 30 jours, se transformer, ne jamais rater une séance — demandent une énergie considérable et reposent presque toujours sur la motivation extrinsèque. Quand l’élan retombe, tout s’effondre.
Une routine soutenable fonctionne autrement. Elle ne cherche pas à impressionner, mais à sécuriser. Elle s’inscrit dans le temps long, s’adapte aux variations d’énergie, respecte les cycles du corps et de la vie. Ce n’est pas faire plus, c’est faire juste, régulièrement, sans se violenter. Et c’est précisément ce cadre souple qui permet à la motivation intrinsèque de s’installer.
Des pratiques comme la sophrologie, l’aqua-sophrologie, ou le yin yoga, s’inscrivent pleinement dans cette logique. Elles ne demandent ni performance, ni dépassement, ni volonté héroïque. Elles offrent un espace ritualisé où le corps peut relâcher la pression, réguler le système nerveux et retrouver un rythme plus juste. Ce rendez-vous régulier devient alors un point d’ancrage, pas une contrainte de plus dans l’agenda.
Créer une routine, ce n’est pas se discipliner davantage. C’est se donner un cadre protecteur, un endroit où l’on peut déposer l’armure, semaine après semaine. Un lieu où l’on n’a rien à prouver, mais simplement à être présent·e à ce qui est là. Et c’est souvent dans cette régularité douce que la motivation cesse d’être un combat pour devenir un soutien.
« La constance est plus révolutionnaire
que les grandes promesses. » — Ursula K. Le Guin
La motivation comme écoute plutôt que comme injonction
Peut-être que le problème n’est pas un manque de motivation, mais une définition trop étroite de ce que devrait être l’élan. Une motivation bruyante, visible, performante, mesurable. Une motivation qui s’impose au corps plutôt que de composer avec lui. Dans ce cadre-là, il est logique que l’élan s’épuise, que le désir se retire, que le corps résiste.
Redéfinir la motivation, ce n’est pas renoncer à l’engagement, ni se détourner du monde. C’est choisir de ne plus se battre contre soi pour tenir dans un système qui ne respecte pas toujours les rythmes humains. C’est comprendre que prendre soin de sa régulation, de son énergie, de sa capacité à ressentir n’est pas un luxe individuel, mais une condition pour durer, créer, s’engager sans se perdre.
Les pratiques corporelles ne sont pas des solutions magiques, ni des outils d’optimisation personnelle. Lorsqu’elles sont abordées avec douceur et régularité, elles deviennent des espaces de réajustement : un endroit pour déposer la pression, écouter ce qui fatigue, retrouver ce qui soutient. Un endroit pour se rappeler que le corps n’est pas un obstacle à dépasser, mais un allié à écouter.
Aller bien, aujourd’hui, ce n’est pas se couper du réel.
C’est se donner les moyens de l’habiter pleinement, sans s’éteindre.
« La vraie puissance ne force pas.
Elle soutient, elle relie, elle permet. » — Starhawk
Comment faire ?
Si tu ressens le besoin de construire une relation plus apaisée à ton énergie, je propose à Nantes des espaces pour explorer cela autrement :
le yin yoga hebdomadaire « Le repos des guerrier·e·s »,
des accompagnements en sophrologie,
et des séances d’aqua-sophrologie.
Des pratiques sans promesse miracle, mais avec une attention sincère portée au corps et au rythme.
POINTS CLES DE L'ARTICLE & RESSOURCES
La motivation qui retombe n’est pas un échec personnel.
La pression et la performance épuisent plus qu’elles ne soutiennent.
Une routine corporelle douce et régulière permet de durer sans se forcer.
Si tu ressens le besoin de ralentir,
si ton corps réclame autre chose que des injonctions,
si tu as envie de te retrouver, sans pression,
alors tu trouveras peut être ici ce qu’il te faut.