Guérir ensemble : santé mentale et puissance du collectif
Pour notre santé mentale, réparons le lien social
Du 6 au 19 octobre 2025 auront lieu les Semaines d’Information sur la Santé Mentale (SISM). Cette 36ème édition mettra en lumière un thème essentiel : « Pour notre santé mentale, réparons le lien social ».
Un thème qui me touche profondément car il rappelle une évidence : la santé mentale ne dépend pas seulement de notre force individuelle.
Elle s’enracine aussi dans la qualité de nos relations, dans nos liens avec les autres, dans notre appartenance à une communauté.
« Sans communauté, il n’y a pas de libération… mais la communauté ne doit pas signifier l’effacement de nos différences, ni l’hypocrisie de prétendre qu’elles n’existent pas. » — Audre Lorde
Santé mentale et communauté : sortir de l’individualisation
Aujourd’hui, la santé mentale est trop souvent pensée comme une affaire privée. On nous dit : « Gère ton stress », « Travaille sur toi », « Sois résilient·e ».
Ces injonctions peuvent devenir culpabilisantes. Si je vais mal, c’est que je n’ai pas su « gérer ». Pourtant, nos souffrances ne naissent pas dans le vide. Elles sont liées à des conditions sociales, économiques, au travail, aux discriminations, à l’isolement.
La santé mentale ne se réduit pas à une démarche individuelle. Elle dépend aussi du collectif. Reconnaître cela, c’est ouvrir la voie à une autre approche : le soin communautaire.
« Dans une vidéo de la chaîne youtube Afro Punk, l’activiste et ancienne membre des Black Panthers, Angela Davis, explique l’importance du self care au sein de la lutte. Elle évoque le cas d’une des dirigeantes des Black Panther, Ericka Huggins, qui pratiquait le yoga ou encore la méditation et qui l’a encouragée à faire de même. Conseils qu’elle appliquera au moment de sa détention, en 1970 et qui continueront de l’accompagner tout au long de sa vie. Mais si ces pratiques sont plutôt individuelles, Angela Davis insiste surtout sur le caractère collectif qu’il faut donner au self care. En tentant d’aller au-delà des traumatismes et avec une approche holistique [ndlr.globale], c’est le groupe qui, à la longue, bénéficie du travail sur soi de chaque activiste. La militante parle du self care comme un moyen d’établir un lien intergénérationnel entre les militants, indispensable à la longévité de la lutte : « Si nous ne commençons pas dès maintenant à pratiquer collectivement les soins personnels, il n’y a aucun moyen d’imaginer, et encore moins d’atteindre une époque de liberté. » – Angela Davis
Le soin communautaire : une ressource politique et humaine
Le soin communautaire part d’une conviction simple : nous ne guérissons pas seul·es. Nous avons besoin de liens, de solidarité et de soutien mutuel.
Cela peut prendre des formes très concrètes :
- Un groupe de parole,
- Un cercle de méditation,
- Une entraide entre voisin·es,
- Des initiatives sociales qui créent des espaces de soin,
- Participer à la vie associative…
Ces pratiques rappellent une chose essentielle : nous sommes des êtres relationnels. Le lien aux autres nous nourrit, nous protège et nous aide à traverser les épreuves.
Le soin communautaire est aussi politique. Dans une société qui individualise la souffrance, créer des espaces collectifs, c’est résister. C’est affirmer que la santé mentale est un bien commun.
« Nous pouvons commencer à créer de la communauté partout où nous sommes. Cela peut débuter par un sourire, un accueil chaleureux, un geste de bonté… En faisant cela, nous pratiquons l’amour. L’amour que nous cultivons en communauté nous accompagne partout. » — bell hooks
La sophrologie dans une démarche collective
On pense souvent à La sophrologie comme une pratique individuelle. Pourtant, elle peut se vivre dans un cadre collectif.
Quand un groupe respire ensemble ou partage une visualisation guidée, une énergie commune se crée. Cette expérience dépasse l’individu. Ce n’est plus seulement un temps de relaxation personnelle. C’est une expérience partagée qui relie chacun·e aux autres.
Même pratiquée seul·e, la sophrologie – comme la méditation ou le yoga – ne nous isole pas. Elle n’est pas une bulle fermée. Elle est une ouverture. Méditer, respirer, se détendre, c’est se connecter pleinement à ce qui nous entoure : la nature, les sons, les présences. Ces pratiques nous rappellent que nous faisons partie d’un tout plus vaste.
« Voyager sans rencontrer l’autre, ce n’est pas voyager, c’est se déplacer. » — Alexandra David-Néel
Politiser le soin
Parler de soin communautaire, c’est aussi politiser la question de la santé mentale.
Nos souffrances ne sont pas seulement intérieures. Elles sont façonnées par les conditions sociales, l’environnement économique, les violences systémiques.
L’histoire nous offre des exemples puissants de cette politisation du soin. Dans les années 1960 et 1970, le Black Panther Party a mis en place des programmes communautaires dans les quartiers noirs pauvres des États-Unis. Ces initiatives incluaient des cliniques de santé gratuites et les célèbres petits déjeuners gratuits pour les enfants. Ces actions répondaient à des besoins vitaux, mais elles portaient aussi un message politique : prendre soin de sa communauté, c’est résister à l’abandon institutionnel et affirmer le droit à la dignité.
Politiser le soin, c’est donc reconnaître cette dimension collective. C’est replacer le soin au cœur de la vie sociale. Prendre soin les un·es des autres devient alors un acte de résistance, une façon de transformer nos communautés.
« Toute communauté sérieusement concernée par sa propre liberté doit aussi se soucier de la liberté des autres. La victoire des peuples opprimés, où qu’ils soient dans le monde, est une victoire pour les personnes noires. Chaque fois qu’un des tentacules de l’impérialisme est coupé, nous nous rapprochons de la libération. » — Assata Shakur
Réparer le lien social, une urgence commune
Les Semaines d’Information sur la Santé Mentale nous rappellent une évidence : notre santé psychique est intimement liée à la qualité de nos liens sociaux. Réparer le tissu relationnel, recréer de la solidarité, faire communauté, ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité vitale.
Nous avons besoin les un·es des autres pour guérir, pour traverser les épreuves, pour construire une société plus juste et plus humaine. Que ce soit à travers des pratiques comme la sophrologie, la méditation ou le yoga – vécues individuellement mais toujours reliées au monde – ou dans des espaces collectifs d’entraide, chaque geste de soin participe à renforcer le lien social.
Prendre soin de notre santé mentale, c’est donc aussi prendre soin de notre communauté. Et réparer ce lien, c’est ouvrir la voie à une guérison qui n’est pas seulement individuelle, mais profondément collective.
« Nous ne devons pas cultiver l’esprit de l’exceptionnel, ni chercher le héros, une autre forme de chef. Nous devons élever le peuple, élargir son esprit, l’équiper, le différencier, et l’humaniser » — Frantz Fanon
POINTS CLES DE L'ARTICLE
La santé mentale est trop souvent pensée de manière individuelle, alors qu’elle dépend aussi de nos liens sociaux et communautaires.
Politiser le soin, c’est reconnaître que nos souffrances sont liées à des contextes sociaux et qu’y répondre collectivement est un acte de résistance.
Réparer le lien social, c’est prendre soin non seulement de soi, mais aussi de la société dans son ensemble.
Rejoignez un groupe de sophrologie : respirer, se détendre et se relier aux autres pour nourrir votre santé mentale et celle de votre communauté.